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Suppression des panneaux avertisseurs de radars : épisode 2

Quand une mauvaise décision gouvernementale se traduit par un travail absurde et douteux pour les services et une information biaisée pour les usagers

Dans la cacophonie relative à la signalisation des radars qui s’est achevée par une politique de mise en place de radars pédagogiques plus coûteux que les panneaux actuels (voir analyse du SNITPECT-FO ici, une autre mesure était passée un peu plus inaperçue, celle de l’interdiction des avertisseurs de radars.

La Révision Générale des Politiques Publiques et l’abandon de la politique de sécurité routière par le ministère des transports privent l’Etat de toute analyse neutre et technique pour éclairer les décisions publiques. Ainsi, après l’intervention des divers lobbies, le gouvernement est revenu sur sa décision en précisant que les avertisseurs resteraient autorisés pour signaler les « sections de voie dangereuses ».

Dans une récente instruction adressée aux préfets par le ministère de l’Intérieur, il leur était ainsi demandé d’identifier ces zones à risque « à dire d’expert » avant le 21 octobre en concertation avec les gestionnaires de voirie. Cette instruction non datée et non signée pouvait laisser croire à un canular tant sur la forme que sur le fond.

Une analyse sommaire de la démarche suffit à en comprendre l’objectif : il s’agit de brouiller au maximum l’information sur la position des radars fixes en définissant un nombre de zones dangereuses nettement plus important que le nombre de radars.

Peu importe si les zones définies comme dangereuses ne correspondent pas à la réalité du terrain (les délais fixés aux préfets pour répondre, complètement surréalistes, ne permettent pas une analyse fine des circonstances et des facteurs d’accidents).

Comme c’est désormais l’usage depuis que le ministère des transports a dû se désengager de la sécurité routière : l’immédiateté de la réponse et la communication qui en est faite ont pris la place des expertises rigoureuses et argumentées.

Le travail et la réflexion de fond ne sont plus d’actualité : tous les spécialistes en Sécurité Routière se sont d’ailleurs accordés depuis longtemps sur le fait que l’immense majorité des causes d’accidents est désormais à chercher du côté du comportement des conducteurs et non de l’infrastructure !

Cette démarche qui ne repose sur aucune base technique est source d’incertitudes juridiques importantes. Cela conduit la plupart des gestionnaires de voiries (Sociétés d’autoroutes, Conseils Généraux) à refuser de participer à cette initiative rocambolesque.

Ces décisions appellent d’autres questions de fond : pourquoi les données ainsi produites par les services de l’Etat seraient elles destinées spécifiquement à des prestataires privés et donc disponibles pour le public uniquement via le paiement d’un produit commercial ? Qu’en est-il des malchanceux qui ne peuvent pas se payer d’avertisseurs de radars ?

A ce jour, aucune instruction de mise à disposition large du public de ces informations n’est donnée par le ministère de l’Intérieur

Le SNITPECT-FO voit dans cette décision absurde la conséquence du retrait total du ministère des transports de la sécurité routière, nécessairement transversale, et dans laquelle la prise en compte d’une analyse technique en amont prend tout son sens dans le processus de décision.


Par ailleurs, de l’analyse technique du SNITPECT-FO à l’expertise technique des inspecteurs du permis de conduire et de la sécurité routière (représentés majoritairement par le SNICA-FO) lors des examens du permis de conduire de nos concitoyens, le lien est évident.

Là aussi, toujours sous un dogme budgétaire et au mépris de la sécurité routière, dès 2008, le Secrétaire d’Etat aux Transports de l’époque annonçait que 2 candidats sur 3 devraient réussir leur permis de conduire du 1er coup, soit 66% de réussite (rappelons à ce jour que la moyenne nationale est de 58% de réussite).

Ainsi sans changer la formation initiale en auto-école des apprentis conducteurs (toujours 20 heures obligatoires), sans leur donner les moyens financiers supplémentaires de se former davantage, il aurait fallu que les inspecteurs du permis de conduire augmentent artificiellement leur pourcentage de délivrance du titre de presque 10%.

Pourquoi ? Simplement pour ne pas recruter de nouveaux inspecteurs, la DSCR elle-même ayant calculé que 66% de réussite permettrait d’économiser 178 ETP.

Et la sécurité routière dans tout ça ? Inadmissible quand on sait que les 18-25 ans sont la frange de la population la plus représentée dans les accidents mortels. Des jeunes moins bien formés, des examens nivelés vers le bas, certainement de futurs clients pour les radars ou les entreprises vendant les avertisseurs. Encore faudra-t-il que les jeunes puissent payer tout cela et au final, ne finissent pas par conduire sans permis.

Formation, Infrastructure, même combat pour le MEDDTL : aucune projection, aucune perspective. Il faut simplement continuer les sacrifices et dimnuer les capacités du service public au nom de la néfaste Révision Générale des Politiques Publiques( RGPP).

Mais à quel prix et jusqu’à quand… ?