QUINZE CENTS !

Ce jour-là, un rouage n’était plus à sa place, un rouage pourtant indispensable. Il s’était rendu à Paris. Il voulait se faire entendre enfin, protester contre la manière dont il était traité. Ce rouage, c’était l’ ITPE. Il était mille cinq cents, venu des quatre coins de la France, porté par une farouche volonté de dire « Stop ». Mille cinq cents !

Il était cortège déterminé, multiple, varié, divers, bigarré, chamarré. Un brassard rouge au bras, un sifflet aux lèvres. Il portait bannières, banderoles, autocollants, affichettes.
Une dynamique spontanée s’est créée. Elle était convivialité, mais aussi préoccupations, inquiétudes partagées et surtout volonté inébranlable.

L’ITPE était aussi présent sur le papier, au travers des multiples signatures d’ingénieurs empêchés de se rendre à Paris, pour une raison impérative, mais solidaires et engagés dans le même combat. Un livre d’or de la solidarité, un pavé de cinq cents pages. Cinq cents !

Il a, en passant, rebaptisé la rue de Grenelle en Impasse du Grenelle, pour dénoncer une politique incohérente. Il a salué le Collège des Ingénieurs, en espérant que cette présence constante, face aux bureaux du cabinet ministériel, finirait par faire comprendre aux locataires que les ingénieurs constituaient une richesse et un socle fondateur pour leur ministère.

Il s’est assis à même le sol, pour symboliser les postes détruits, les agents maltraités, les missions en déshérence.

Il s’est enfin massé face à l’hôtel de Roquelaure pour faire résonner sa colère en attendant la sortie de la délégation qui le représentait.

Impensable, totalement imprévu pour le MEEDDM, les ITPE ont posé ce 29 juin un geste symbolique très fort. Les fondations du MEEDDM ont tremblé.

La manifestation du 29 juin, à l’appel du SNITPECT-FO, est donc une réussite historique, incontestable, incontournable, face à une administration qui n’a pas su ou voulu gérer les problèmes.
Le raz-de-marée humain qui a déferlé sur l’hôtel de Roquelaure montre à quel point les ITPE s’estiment mal traités par leur ministère de tutelle. A quel point ils se méfient des projets concoctés dans les opaques bureaux parisiens. A quel point ils se révoltent contre l’avenir – ou l’absence d’avenir – qu’on leur propose.

Des cadres qui manifestent, c’est déjà assez rare. Pour les ITPE, la dernière fois remonte à 2004 … . Des cadres, pourtant surchargés de travail et de réunions, qui viennent de toute la France pour clamer leur colère sous les fenêtres du ministre, c’est encore plus rare. Des cadres, pourtant assommés par la déferlante des réformes, que certains voulaient croire déboussolés, résignés, et même désunis. Qu’ils soient venus si incroyablement nombreux, c’est exceptionnel, jamais vu !

Bravo à tous, bravo pour votre détermination, votre courage, votre volonté, votre solidarité.

L’administration est maintenant face à ses responsabilités.

Une délégation de douze ingénieurs a été reçue par le cabinet ministériel pendant la manifestation, aux sons des vuvuzelas et sifflets stridents, des clameurs perçant les murs feutrés … Les douze ont pris à partie l’administration et clamé l’inquiétude de tous.

Le cabinet a esquissé quelques éléments de réponse en séance, mais au-delà des paroles, seuls les actes compteront.

L’avenir du ministère ? Rassurez-vous, il y a un projet stratégique. Alors suivez-le et battez-vous pour obtenir les moyens.
L’avenir des ITPE ? Oui le ministère a besoin d’eux et de leurs spécificités. Très bien, alors prouvez-le.
Le naufrage de la CAP ? Le ministère s’engage à « remettre d’équerre » le dialogue social. Très bien, nous approuvons, mais nous jugerons sur pièce.
Les modes de gestion ? Le cabinet annonce un chantier de négociation globale dès juillet (promotions, principalat, indemnitaire, etc.). Très bien, mais nous serons vite fixés sur la confiance qu’on peut accorder à cette promesse. Juillet commence demain.
La fusion des corps ? Le projet avance, une réunion d’arbitrage interministériel est imminente. A quelle date ? et sous quelles conditions ?
Enfin, le statut ? Hors de question de dépasser le projet minimaliste, mais engagement d’un portage politique. Le dossier n’a donc pour l’instant été ni porté ni amélioré. Les ITPE méritent un peu plus de considération.

Nous resterons intraitables et extrêmement vigilants à ce que la parole soit tenue, la promesse réalisée, les avancées poursuivies.

Cette manifestation ô combien symbolique est le point de départ, un point bien frappé, de la mobilisation massive et déterminée et durable des ITPE.

La commission exécutive exceptionnelle de février, l’assemblée exceptionnelle des sections départementales de mai, jalons de cette mobilisation, ont posé les bases d’actions nationales et locales ; la future commission exécutive exceptionnelle du 6 juillet décidera des suites à venir.

Merci à vous, merci pour cette remarquable œuvre collective accomplie ce 29 juin.

L’ITPE peut être fier. Il doit rester plus que jamais mobilisé, solidaire, déterminé et engagé.

Comme en 2004, on le sait, c’est l’effort dans la durée qui portera ses fruits.

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